Le Japon s’industrialise à marche forcée au XIXe sicèle. La société se
transforme brutalement : une bourgeoisie industrielle s’affirme tandis
qu’émerge une classe ouvrière exploitée. Dans le même temps, l’Empire
japonais se lance dans l’expansion en Asie – notamment lors de la guerre
sino-japonaise – et forge un nationalisme centré sur la figure impériale
afin d’assurer l’unité idéologique et réprimer les contestations. Face à
cela se développe une critique de l’impérialisme portée par diverses
tendances politiques — socialistes, anarchistes, mouvance chrétienne —
mais aussi par des luttes concrètes dans les usines, les mines et les
campagnes. Au début du XXᵉ siècle, la guerre, l’inflation et la
dégradation des conditions de vie alimentent une radicalisation d’une
partie du prolétariat. Émeutes du riz et conflits ouvriers font alors de
la lutte des classes un moteur durable des revendications sociales au
Japon.
Après la Seconde Guerre mondiale, le traumatisme du conflit et
l’occupation américaine font du Japon un pilier du dispositif
anticommuniste en Asie, l’impliquant indirectement dans les guerres de
Corée et du Vietnam. À partir des années 1960, un puissant mouvement
étudiant, notamment antimilitariste, s’oppose à l’alliance militaire
avec les États-Unis (ANPO). La mobilisation culmine en 1968-1969 avec de
violents affrontements de rue, des attaques contre des bases militaires
et l’occupation massive d’universités à travers le pays. Ces luttes
s’inscrivent dans un contexte international de contestation, de la
mobilisation mondiale contre la guerre du Vietnam aux soulèvements de
- Pourtant, les années suivantes marquent progressivement la fin de
ce cycle de luttes particulièrement intense.
On propose lors de cette permanence de revenir ce qui a constitué les
moments les plus intéressants de ces luttes et les organisations
politiques qui les ont portées. En particulier celle dite de la
« nouvelle gauche » qui s’affirme en rupture avec le stalinisme. Nous
diffuserons également un document vidéo tourné sur place pendant les
événements de 1968-69 que des camarades nous ont transmis.
L’occasion de replonger dans l’intensité de ces mobilisations, d’en
discuter les limites et de terminer par un tour d’horizon des luttes
actuelles au Japon contre la militarisation acélérée du pays.
